Commentaires d'Experts
Analyses approfondies des implications du vote du 22 janvier 2026 et des suites législatives possibles.
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Dr. Laurent Nuñez
Ministre de l'Intérieur
Gouvernement français
Le vote de l'Assemblée nationale du 22 janvier constitue un signal politique important, mais je dois souligner que la désignation des Frères musulmans comme organisation terroriste ne résout pas à elle seule le problème de l'entrisme islamiste en France.
Les Frères musulmans ne constituent pas un mouvement terroriste au sens strict du terme. Leur menace réside plutôt dans leur stratégie d'infiltration progressive des institutions civiles, éducatives et municipales. C'est ce que nous appelons l'entrisme social ou l'islamisme par le bas.
Le gouvernement français a donc choisi une approche multidimensionnelle. Au-delà de la résolution parlementaire, nous mettons en œuvre plusieurs mesures législatives concrètes :
**Premièrement**, le gel des avoirs des organisations soupçonnées d'être liées aux Frères musulmans. Cette mesure vise à couper les financements opaques, notamment en provenance du Qatar et de la Turquie, qui alimentent le réseau frériste en France.
**Deuxièmement**, l'élargissement des pouvoirs de dissolution aux fonds de dotation. Actuellement, l'État peut dissoudre les associations, mais pas les fonds de dotation qui les financent. Cette lacune juridique permet aux réseaux fréristes de contourner les mesures de dissolution en créant des structures parallèles.
**Troisièmement**, le renforcement des contrôles sur les financements étrangers des associations. Un rapport confidentiel de nos services de renseignement a identifié 280 associations locales financées par des fonds opaques. Nous devons améliorer la transparence et la traçabilité de ces financements.
**Quatrièmement**, la mise en place de mécanismes de surveillance accrue des écoles et des mosquées gravitant dans le magma frériste. Cette surveillance doit respecter les libertés fondamentales, mais elle est nécessaire pour prévenir la radicalisation et l'endoctrinement des jeunes.
Cependant, je dois être clair : ces mesures législatives ne suffisent pas. Nous avons également besoin d'une mobilisation de la société civile, des collectivités locales et des organisations religieuses modérées pour contrer l'influence frériste. La laïcité à la française doit être défendue non seulement par l'État, mais par l'ensemble de la société.
La question des Frères musulmans en France est une question de cohésion nationale et de préservation des valeurs républicaines. C'est un défi complexe qui nécessite une réponse tout aussi complexe et nuancée.
Prof. Gilles Kepel
Professeur d'études politiques
Sciences Po Paris
Le vote de l'Assemblée nationale du 22 janvier 2026 marque un tournant significatif dans la politique française face à l'islamisme politique. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, une large majorité parlementaire s'est mobilisée pour exprimer une position claire et ferme sur la question des Frères musulmans.
Ce qui est particulièrement remarquable, c'est la convergence politique autour de cette résolution. Le gouvernement (Ensemble), le Rassemblement national et les Républicains ont voté ensemble, malgré leurs différences idéologiques profondes sur d'autres sujets. Cette convergence révèle que la question des Frères musulmans a transcendé les clivages politiques traditionnels pour devenir une question de sécurité nationale et de cohésion sociale.
**L'entrisme frériste : Une menace systémique**
Les Frères musulmans opèrent selon une stratégie d'entrisme qui est bien documentée et largement reconnue. Cette stratégie consiste à infiltrer progressivement les institutions civiles, éducatives, municipales et religieuses pour établir un réseau d'influence durable. Contrairement aux organisations terroristes classiques qui opèrent par la violence, les Frères musulmans opèrent par l'infiltration institutionnelle.
Le rapport du ministère de l'Intérieur de mai 2025 a documenté cette stratégie avec précision. L'association Musulmans de France (anciennement UOIF) a été identifiée comme le principal relais de cette influence en France. Cette association contrôle un réseau important de mosquées, d'écoles coraniques, de centres sociaux et d'organisations caritatives.
**Les implications futures**
Le vote du 22 janvier crée un précédent politique majeur. Même si la résolution n'est pas contraignante, elle envoie un signal clair à la Commission européenne et à l'Union européenne. Il est probable que d'autres pays européens suivront l'exemple français et demanderont une inscription des Frères musulmans sur la liste terroriste européenne.
Une telle inscription aurait des conséquences majeures. Elle permettrait une coordination des efforts de sécurité entre les États membres de l'UE, une harmonisation des législations nationales, et une meilleure traçabilité des financements et des réseaux fréristes.
**Les défis à venir**
Cependant, le gouvernement français doit faire face à plusieurs défis majeurs. Le premier est d'ordre juridique : comment concilier la désignation comme organisation terroriste avec le respect des libertés fondamentales et des droits de l'homme ? La distinction entre l'organisation en tant que telle et ses membres individuels doit être clairement établie.
Le second défi est d'ordre politique : comment maintenir cette convergence politique sur la question des Frères musulmans tout en gérant les divergences sur d'autres sujets ? Le Rassemblement national, par exemple, a voté pour la résolution, mais pour des raisons qui ne sont pas nécessairement identiques à celles du gouvernement.
Le troisième défi est d'ordre social : comment éviter une stigmatisation plus large des musulmans français ? La distinction entre islam et islamisme est fondamentale et doit être maintenue dans le débat public.
Malgré ces défis, le vote du 22 janvier représente une étape importante dans la lutte contre l'entrisme islamiste en France. C'est un signal politique fort qui montre que la France prend cette menace au sérieux et qu'elle est déterminée à la combattre.
Me Frédéric Potier
Avocat spécialisé en droit constitutionnel
Cabinet Potier & Associés
La résolution du 22 janvier soulève des questions juridiques complexes et fondamentales concernant l'équilibre entre sécurité nationale et libertés publiques. En tant qu'avocat spécialisé en droit constitutionnel, je dois souligner les défis juridiques majeurs que pose une désignation des Frères musulmans comme organisation terroriste.
**Le problème de la définition**
Le premier enjeu juridique concerne la définition même de ce qu'est une organisation terroriste. En droit français et en droit européen, une organisation terroriste est généralement définie comme une organisation qui commet ou s'apprête à commettre des actes de terrorisme, c'est-à-dire des actes violents destinés à intimider la population ou à forcer les autorités publiques à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque.
Or, les Frères musulmans ne correspondent pas à cette définition au sens strict. Ils ne commettent pas d'actes violents organisés. Leur menace réside dans leur stratégie d'infiltration progressive des institutions civiles. Cette stratégie est légale au sens du droit positif français, même si elle est politiquement contestée.
**Le risque de violation des libertés fondamentales**
Une désignation des Frères musulmans comme organisation terroriste créerait un précédent juridique dangereux. Elle pourrait être utilisée pour justifier des restrictions aux libertés d'association, d'expression et de conscience religieuse. Ces libertés sont fondamentales dans une démocratie libérale et sont protégées par la Constitution française et par la Convention européenne des droits de l'homme.
De plus, les Frères musulmans ne constituent pas une organisation unifiée et centralisée. C'est plutôt un ensemble décentralisé de mouvements, d'associations et de réseaux qui partagent une idéologie commune, mais qui opèrent de manière autonome. Comment désigner comme terroriste une entité aussi diffuse et décentralisée ?
**Les implications pour les musulmans français**
Une désignation terroriste des Frères musulmans risque de créer une stigmatisation plus large des musulmans français. Les autorités pourraient être tentées d'appliquer les mesures de surveillance et de contrôle à tous les musulmans, pas seulement à ceux liés aux Frères musulmans. Cela constituerait une violation grave des principes d'égalité et de non-discrimination.
**Les alternatives juridiques**
Au lieu d'une désignation terroriste, le gouvernement français pourrait envisager d'autres approches juridiques. Par exemple :
**Premièrement**, renforcer les pouvoirs de dissolution des associations. La loi actuelle permet au gouvernement de dissoudre les associations qui menacent la sécurité publique. Ces pouvoirs pourraient être élargis et clarifiés pour permettre une action plus rapide et plus efficace contre les associations liées aux Frères musulmans.
**Deuxièmement**, améliorer la transparence et la traçabilité des financements des associations. Un renforcement des contrôles sur les financements étrangers pourrait réduire l'influence des Frères musulmans sans violer les libertés fondamentales.
**Troisièmement**, renforcer les pouvoirs de contrôle des écoles privées et des mosquées. Le gouvernement pourrait mettre en place un système de certification ou d'agrément pour les écoles et les mosquées, garantissant qu'elles respectent les principes de la laïcité française et de la cohésion sociale.
**Conclusion**
La résolution du 22 janvier est un signal politique important, mais elle ne doit pas être suivie d'une désignation terroriste qui risquerait de violer les libertés fondamentales. Le gouvernement français doit trouver un équilibre entre la protection de la sécurité nationale et le respect des droits de l'homme. C'est un équilibre difficile, mais c'est un équilibre que notre démocratie doit maintenir.
Dr. Florence Bergeaud-Blackler
Anthropologue et présidente du CERIF
Centre d'études et de recherche sur l'islam en France
Le vote du 22 janvier intervient après plusieurs années de recherche et d'analyse sur la présence des Frères musulmans en France. En tant qu'anthropologue, je peux affirmer que l'entrisme islamiste est un phénomène réel et documenté qui menace la cohésion sociale française.
**La stratégie d'entrisme : Une approche méthodique**
Les Frères musulmans opèrent selon une stratégie bien définie et méthodique. Cette stratégie consiste à établir progressivement un réseau d'influence dans les quartiers populaires, les banlieues et les zones urbaines sensibles. Le processus commence généralement par l'établissement de mosquées et de centres sociaux, qui servent de points d'ancrage pour le réseau.
Une fois ces institutions établies, les Frères musulmans commencent à infiltrer les structures municipales, les écoles, les associations caritatives et les organisations de jeunesse. Cette infiltration se fait de manière progressive et souvent discrète, ce qui rend difficile la détection et la prévention.
**Les mécanismes de contrôle social**
L'un des aspects les plus troublants de l'entrisme islamiste est le système de contrôle social qu'il établit. Dans les quartiers où les Frères musulmans ont une forte présence, ils exercent un contrôle social informel mais très efficace. Ce contrôle s'exerce notamment sur les femmes, les jeunes et les minorités religieuses.
Les femmes sont souvent incitées à porter le voile intégral et à se retirer de la vie publique. Les jeunes sont endoctrinés selon une idéologie islamiste qui valorise l'obéissance aux autorités religieuses plutôt que l'autonomie individuelle. Les minorités religieuses, notamment les chrétiens et les athées, sont marginalisées et parfois harcelées.
**Les implications pour la cohésion sociale**
L'entrisme islamiste menace la cohésion sociale française de plusieurs manières. Premièrement, il crée des enclaves sociales où la loi civile française est remplacée par une loi religieuse parallèle. Deuxièmement, il crée des divisions au sein des communautés musulmanes, entre les musulmans modérés et les musulmans radicalisés. Troisièmement, il alimente le ressentiment et la polarisation au sein de la société française.
**Les implications pour les femmes et les jeunes**
Les femmes et les jeunes sont particulièrement vulnérables à l'endoctrinement islamiste. Les femmes sont souvent confinées à des rôles traditionnels et privées d'autonomie. Les jeunes sont endoctrinés selon une idéologie qui valorise l'obéissance et la conformité plutôt que la pensée critique et l'autonomie.
**Les mesures nécessaires**
Pour combattre l'entrisme islamiste, plusieurs mesures sont nécessaires. Premièrement, un renforcement de l'éducation civique et de la laïcité dans les écoles. Deuxièmement, un soutien accru aux associations de femmes et de jeunes qui travaillent pour promouvoir l'autonomie et l'égalité. Troisièmement, un renforcement des contrôles sur les financements étrangers des associations religieuses.
Cependant, il est crucial que ces mesures respectent les libertés fondamentales et ne stigmatisent pas les musulmans français dans leur ensemble. La distinction entre islam et islamisme doit être maintenue, et les musulmans modérés doivent être soutenus dans leur lutte contre l'extrémisme islamiste.
Dr. Thierry Meyssan
Analyste géopolitique
Réseau Voltaire
Le vote du 22 janvier doit être compris dans le contexte géopolitique plus large des relations entre la France, l'Europe, les États-Unis et le Moyen-Orient. Cette résolution n'est pas simplement une question de sécurité intérieure française, mais aussi une question de positionnement géopolitique majeur.
**Le contexte géopolitique**
Depuis plusieurs années, il existe une convergence croissante entre les positions des États-Unis, d'Israël, de l'Égypte, de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis sur la question des Frères musulmans. Ces pays considèrent les Frères musulmans comme une menace majeure pour la stabilité régionale et ont adopté des positions très fermes contre ce mouvement.
Les États-Unis ont récemment désigné certaines branches des Frères musulmans comme organisations terroristes étrangères. L'Égypte, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie ont tous interdit ou dissous les Frères musulmans depuis plusieurs décennies. L'Argentine a également rejoint cette liste en janvier 2026.
**La position française**
La France, en adoptant la résolution du 22 janvier, se rapproche de cette convergence internationale. Cela signifie que la France s'aligne progressivement sur la position des États-Unis et des pays arabes concernant les Frères musulmans.
Cet alignement a plusieurs implications. Premièrement, il renforce la cohésion de l'Occident face à ce que les États-Unis considèrent comme une menace majeure. Deuxièmement, il améliore les relations de la France avec les pays arabes, notamment l'Égypte et l'Arabie saoudite, qui sont des partenaires stratégiques importants pour la France.
**Les implications pour la Turquie et le Qatar**
Cependant, cet alignement crée également des tensions avec la Turquie et le Qatar, deux pays qui ont des liens étroits avec les Frères musulmans. La Turquie, en particulier, considère les Frères musulmans comme des alliés stratégiques dans sa politique régionale. Une désignation des Frères musulmans comme organisation terroriste par l'Union européenne pourrait créer des tensions majeures entre la France et la Turquie.
**Les implications pour la politique étrangère française**
La résolution du 22 janvier signale une évolution majeure dans la politique étrangère française. La France adopte une position plus assertive face à l'islamisme politique, tant au niveau national qu'international. Cela pourrait avoir des implications majeures pour les relations de la France avec d'autres pays musulmans et pour sa politique au Moyen-Orient.
**Conclusion**
Le vote du 22 janvier doit être compris comme un acte de positionnement géopolitique majeur. La France se rapproche de la convergence internationale contre les Frères musulmans, ce qui a des implications majeures pour sa politique étrangère et ses relations internationales.